La notion de mode est plus complexe qu'elle n'en a l'air, d'autant qu'elle a évolué au cours des siècles : les modes grecs antiques ne sont pas les modes grégoriens, sans parler des modes non-tempérés de la musique proche-orientale. Une référence : l'imbroglio des modes de Jacques Chailley, A. Leduc, Paris,1960.
Les théoriciens du XVIe siècle (Glarean, 1547, et Zarlino, 1573) distinguent 6 modes différents : les modes de Mi, La Ré, Sol, Do et Fa. Chacun de ces modes admet une variante authente et une variante plagale, ce qui porte à 12 le nombre de modes distincts. Dans ce système un mode donné peut s'obtenir en ne considérant que les touches blanches d'un clavier, la tonique étant alors la note du même nom que le mode : pour donner un exemple le mode de Ré s'obtient avec l'échelle Ré-Mi-Fa-Sol-La-Si-Do-Ré, et la tonique est sur le Ré.
Lorsque la mélodie évolue de la tonique à la tonique de l'octave supérieure, on dit que le mode est sous sa forme authente. Si elle évolue de la dominante à la dominante de l'octave supérieure le mode est sous forme plagale. La tonique se trouve alors au milieu de l'échelle. Cette distinction n'a pas de sens pour des mélodies qui s'étendent sur deux ou trois octaves, mais elle est extrêmement importante pour les sonneurs, car les mélodies dépassent rarement une octave et le contraste entre les deux formes est souligné par le bourdon : sur une cornemuse dont le bourdon coïncide (à l'octave près) avec la fondamentale du hautbois (par exemple les musettes du Centre, la cornemuse écossaise, la veuze), ce bourdon donne la tonique pour les mélodies authentes, et la dominante pour les mélodies plagales.
| Tonique | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol |
| Fa # | Fa # | |||||
| Fa | Fa | Fa | Fa | |||
| Mi | Mi | Mi | Mi | |||
| Mi b | Mi b | |||||
| Dominante | Ré | Ré | Ré | Ré | Ré | Ré |
| Do # | ||||||
| Do | Do | Do | Do | Do | ||
| Si | Si | Si | ||||
| Si b | Si b | Si b | ||||
| La | La | La | La | La | ||
| La b | ||||||
| Tonique | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol |
| Mode : | Mi | La | Ré | Sol | Do | Fa |
| Dominante | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol |
| Fa # | ||||||
| Fa | Fa | Fa | Fa | Fa | ||
| Mi | Mi | Mi | ||||
| Mi b | Mi b | Mi b | ||||
| Ré | Ré | Ré | Ré | Ré | ||
| Ré b | ||||||
| Tonique | Do | Do | Do | Do | Do | Do |
| Si | Si | |||||
| Si b | Si b | Si b | Si b | |||
| La | La | La | La | |||
| La b | La b | |||||
| Dominante | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol | Sol |
| Mode : | Mi | La | Ré | Sol | Do | Fa |
Les modes de Mi, La et Ré sont mineurs alors que les modes de Sol, Do et Fa sont majeurs : c'est la position du 3e degré (Si pour les authentes, Mi pour les plagaux) qui départage les deux groupes, suivante que la tierce formée avec la tonique est mineure (un ton 1/2) ou majeure (deux tons). Dans chacun de ces tableaux les modes sont classés depuis le "plus mineur" (le Mi) jusqu'au "plus majeur" (le Fa). On passe d'un mode au suivant en haussant une note et une seule d'un demi-ton. La tonique et la dominante sont bien entendu invariables.
Pourquoi n'y a-t-il pas de mode de Si? Parce que la quinte Si-Fa est diminuée (3 tons au lieu de 3 tons 1/2). Ceci veut dire que ce mode n'a pas de dominante. On a écrit qu'on pouvait cependant trouver ce mode dans certaines oeuvres de Claude Debussy, notamment Nuages (le premier des trois Nocturnes). Ce n'est pas tout à fait exact : un thème fait entendre "si-do#-ré-mi-fa, mi ré do#, si", alors que le mode de Si réclamerait un do bécarre. De plus, la quinte diminuée est bien là, mais un sol grave se fait bientôt entendre à l'accompagnement et s'impose très vite comme tonique au détriment du si. (Merci à Bezout de m'avoir alerté sur ce point).
Lorsqu'une mélodie n'utilise pas les sept notes d'une échelle modale, on dit qu'elle est construite sur un mode défectif. Une telle mélodie appartient souvent à au moins deux modes différents : par exemple une mélodie "en Do majeur" dans laquelle il manque le septième degré (le Si) pourra être pensé